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Photo by Ryan Jacobson on Unsplash

En 2078 on se moquera de nous

La pandémie que nous sommes en train de vivre devrait nous permettre de faire évoluer notre médecine psychique.

Quand on regarde les pandémies du passé, la première chose qui nous saute aux yeux ce sont les conditions médicales déplorables dans lesquelles elles ont eu lieu.

Peste noire : il suffit de regarder les Visiteurs. Des péons cul-terreux remplis de poux, qui dorment à même le sol, entassées les uns sur les autres dans la paille et la fange des cochons, mangeant avec leurs mains dans des banquets insalubres. Les latrines sont publiques, les fosses communes à ciel ouvert. Une peste là-dedans c’est un carnage. Les types se rassemblent dans des messes avec lépreux, pestiférés et consorts pour prier Dieu de les épargner pendant qu’ils se refilent la maladie.

Le médicament prière collective n’était peut-être pas le plus adapté à la peste, n’empêche qu’il y avait de l’idée.

Grippe espagnole : il suffit de regarder 1917. Les gars s’aspergeaient de gaz moutarde qui leur décollait les bronches tout en se plantant des baïonnettes dans le fion et en se faisant exploser des grenades patates de tranchée à tranchée. Le tout sans pénicilline. On pense bien que dans ce contexte d’après-guerre où il n’y a plus rien à manger, plus de toit pour la plupart des familles, plus de pères de famille non plus, le moral sacrément bas dans les chaussettes qui d’ailleurs ne servent plus qu’à une personne sur deux qui n’a pas perdu ses jambes, un virus très contagieux a largement eu l’occasion de contaminer tout le monde. Même avec un faible pourcentage de décès, quand tout le monde est touché à la fin ça fait beaucoup. C’est mathématique. Finalement la grippe espagnole était beaucoup plus raisonnable que les humains. Elle a montré qu’on pouvait tuer 40 millions de personnes sans dépenser le moindre centime, sans détruire le patrimoine culturel et architectural, et en ciblant la frange âgée de la population plutôt que les jeunes de vingt ans.

En faisant ce travail restrospectif on est frappé de ce que l’on considère être des conditions d’hygiène générale moyen-âgeuses. On se dit qu’on a fait un bout de chemin dans ce secteur. On se sent à l’abri. On a confiance en son système médical. Et arrive une pandémie qui nous remet à notre place.

Je propose un saut en avant historique. J’imagine le discours qu’auront les générations de 2078 sur le COVID-19. Et une chose me saute aux yeux. Je pense qu’ils trouveront que notre hygiène n’avait rien à envier à celles de peuplades sauvages s’enlaçant dans de grandes messes populaires où elles priaient Dieu de les guérir d’une maladie qu’elles se transmettaient précisément de cette façon. Sauf qu’elles ne nous jugeront pas sur notre hygiène physique, sur notre médecine des corps, mais sur notre hygiène mentale, notre médecine psychologique.

Twitter, Instagram, Facebook, Snapchat, la presse, la télévision, sont la parfaite translation de la folie qui gagnait les foules médiévales quand elles organisaient des messes censées les protéger d’un virus dont elles augmentaient la propagation. Nous prétendons que l’information nous sauve, exactement comme nos confrères de 1350 pensaient qu’ils étaient sauvés par la prière. En même temps qu’elle redonnait confiance et sauvait les âmes, la messe du temps de la peste propageait le virus physique. En même temps qu’elle édicte des mesures intéressantes pour l’hygiène des corps, l’information contemporaine et ses relais numériques contamine nos systèmes psychiques et augmentent la gravité de la réaction corporelle.

Il n’est pas question ici d’abandonner les mesures d’hygiène physique et de tirer un trait sur des centaines d’années d’évolution de la médecine des corps. Il est question d’établir un constat nous permettant de progresser à l’avenir sur notre médecine des âmes.

Il existe des virus psychiques comme il en existe des physiques. Certaines pensées nous font plus de mal que des bactéries.

Au même titre que l’on peut travailler sur son alimentation, prendre du repos, faire de l’exercice, s’exposer à la lumière du soleil et à l’air frais, on peut améliorer ses rituels psychiques, on peut progresser sur ses habitudes mentales. Pour un européen de 1238 ça ne faisait pas de sens qu’on puisse tomber malade d’avoir respiré l’air présent aux abords d’un charnier, pour un européen de 2100 ça ne fera aucun sens qu’on ait pu croire qu’on puisse se sortir indemne d’une heure passée sur Twitter.

On invente aujourd’hui des applications capables de créer des alertes en temps réel si une personne se trouve torp proche d’une autre. À quand une application capable de produire une alerte quand je traîne trop longtemps sur des canaux d’information véhiculant ma propre idéologie inculte et misérable ?

https://landing.ai/landing-ai-creates-an-ai-tool-to-help-customers-monitor-social-distancing-in-the-workplace/

Conclusion

Avant que l’on ne découvre l’existence de micro-organismes invisibles à l’oeil nu, appelés plus tard microbes, et qui pouvaient infecter une personne même si rien en apparence n’avait eu lieu, ça ne nous paraissait pas évident qu’il faille se laver les mains avant de pratiquer une opération.

Il est évident que dans cent ans on nous trouvera parfaitement ridicules d’avoir confiné les gens chez eux alors qu’on les a laissés en pature à l’infection psychologique résultant de notre utilisation archaïque des réseaux, et de l’aspect préhistorique de nos connaissances en matière d’interaction entre la pensée et le corps.

Ce qu’il faut comprendre c’est que tant que nous ne remettons pas en cause la toute puissance du matérialisme déterministe et technico-scientifique qui règne en maître sur nos esprits d’occidentaux nous serons incapables de voir ce qui est pourtant une évidence absolue : un être humain que l’on plonge dans un état d’anxiété aggravée en le lacérant de statistiques sur les morts, d’images de personnes mourantes sous oxygène, de vocabulaires guerriers contre un ennemi invisible, de possibilité que des enfants soient emportés, sera réellement affaibli au plus profond de son corps et de son système immunitaire et court véritablement le risque de voir sa situation empirer jusqu’à des conséquences terribles.

Ceci n’est pas une image. C’est une vérité.

Conseiller, rédacteur polymorphe, Medium est mon espace de réflexion, d’anticipation des tendances, de futurologie.

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