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Qu’est-ce que la dépression ? Question immense.

Une perte d’énergie énorme liée à un trou, à une fissure, quelque part dans les fondations de l’être ? Ou alors un cumul de tristesse inexprimée, non éprouvée même, qui ne peut pas sortir parce qu’elle ne se reconnaît même pas, parce qu’elle se prend pour autre chose qu’elle n’est, et un jour forme une masse si grande qu’elle ne peut plus passer inaperçu et se manifeste par différentes modalités de souffrance chez l’individu ?

Avant tout, je pense qu’il est important de dire que la dépression, comme toute souffrance humaine, se guérit. Entièrement. Sans laisser ces fameuses “séquelles” dont parlent volontiers ceux qui n’ont jamais été victimes de fractures radicales, de “doutes de l’être”.

Je m’explique. Il existe, je pense, deux grandes classes d’individus. Les uns naissent avec des racines solides : pour prendre une image je dirais que leur ADN n’est pas “cassé”, qu’il n’y a aucune fissure dans leur patrimoine profond. Les autres naissent avec une faiblesse dans les régions les plus enfouies de leur génome. Il n’y a aucun jugement de valeur à ce stade, puisque l’une ou l’autre de ces catégories offre ses avantages et ses défauts. Ni l’une, ni l’autre ne condamne l’être humain à un parcours déterminé. Chaque individu est le créateur de son propre chemin.

Bien. Maintenant que nous avons présenté ces deux groupes, expliquons le rapport qu’ils ont avec la question de la guérison totale d’une dépression. Le danger qui résulte de l’existence de ces deux groupes est que nous ne nous comprenons pas. Notre langage n’est pas fait des mêmes définitions, ce qui crée des incompréhensions malheureuses. Ce qu’une personne du premier groupe appelle souffrance, mal, douleur, difficultés, ne recoupe presque jamais ce qu’une personne du second groupe appelle comme ça. Et voilà le qui-pro-quo. Les uns n’ont jamais éprouvé de fracture de l’être, et leurs tracas sont bien réels, mais passagers, et quand ils disparaissent ils reviennent à leur état naturel de non-souffrance ; les autres, au contraire, baignent dans les eaux troubles de la douleur depuis l’enfance, souvent, et ce que les autres appellent soucis, sont pour eux à peine des égratignures.

Etonnement, c’est souvent les individus du premier groupe qui ont l’air tracassés et souffrants, en apparence, alors que ceux du deuxième sont aimables et souriants. Cela tient au fait qu’il ne faut pas confondre l’extérieur et l’intérieur. Au vu de ce qui précède, je vous laisse retrouver le principe à l’oeuvre derrière ces apparences trompeuses.

Cette distinction de groupe me permet de mettre en garde ceux d’entre nous qui cherchent la guérison. Méfions-nous des phrases toutes faites comme “la vie est faite de souffrances” ou “si tu crois que tu pourras faire disparaître tous tes malheurs tu te trompes” ou encore “c’est illusoire de croire qu’on peut être parfaitement heureux”. Méfions-nous de ces phrases parce que nous ne parlez pas de la même chose. Ces mots évoquent pour nous des tempêtes bien réelles que nous avons traversées, alors que ce à quoi fait référence notre interlocuteur nous paraîtrait une légère brise faisant frémir la surface du lac.
Je pense que la dépression est avant tout une affaire de dialogue avec soi, du langage que l’on utilise pour mener ce dialogue, et de croyances profondes sur nous-mêmes et sur l’existence sur lesquelles reposent tous nos comportements actuels, et nos projections dans l’avenir.

Au fond je pense que beaucoup de choses que j’ai apprises ces derniers temps se résument à cela : avant d’avoir pris conscience de mes croyances profondes et de leur fonctionnement logique, à chaque instant de ma vie se posait pour moi la question :“quelle est la quantité de douleur que je suis capable de supporter” comme un test permanent qui d’une façon ou d’une autre témoignerait de ma valeur et de mon courage. C’était un mauvais circuit neuronal. La vraie question devait être “quelle est la quantité de bonheur dont je me permets de jouir”.

C’était le recto-verso d’une même pièce qui se rapporte à ce que je disais tout à l’heure des deux groupes d’individus. Nous ne jouons pas dans la même catégorie. Nous progressons dans notre guérison et sommes freinés par des individus qui utilisent les mêmes concepts que nous, mais dans un sens bien différent. À tout instant nous devons nous méfier du pouvoir des mots. Ils sont le prisme à travers lequel nous regardons le monde. Certains nous expliquent la nature de leur prisme, en prétendant qu’il est le plus “correct”, le plus vrai, peut-être même sont-ils des personnes qui représentent une certain autorité. Mais nous ne pouvons pas expérimenter leur prisme. Tout ce que nous pouvons faire c’est utiliser nos définitions des mots pour imaginer ce qu’ils nous expliquent de leur vision du monde. Et là encore, c’est à travers notre que nous l’appréhenderons.

Tant que l’on n’a pas compris que la première chose qui nous enferme dans la souffrance c’est la définition que l’on donne aux mots, nous ne pouvons entamer un processus profond de guérison.

Une fois que cela est clair, il n’y a plus rien qui nous empêche d’accéder au bonheur. À notre bonheur.

Conseiller, rédacteur polymorphe, Medium est mon espace de réflexion, d’anticipation des tendances, de futurologie.

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