Le catéchisme de l’égalité

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Si l’on caricature, il me semble parfois que la réflexion à notre époque se résume par : « tu veux rendre le monde meilleur ? » alors tu es dans mon camp, « tu veux rendre le monde pire » alors tu es dans l’autre. Il suffit d’analyser à peine plus précisément le concept de meilleur et de pire donnés ci-dessus, et l’on découvre la cartographie des opinions de nos générations. Dans meilleur il y a égalité, parité, ouverture, acceptation de l’autre, paix, fraternité, solidarité, égalité des chances, etc. Dans pire il y a fracture sociale, fermeture, nationalisme, souverainisme, guerre, violence, xénophobie, racisme et haine de l’autre. Sérieusement, pense-t-on vraiment que toute personne qui ne partage pas la valorisation absolue du concept d’égalité veut la destruction absolue de toute forme de Bien ? Non… Non… C’est peut-être vrai pour un pourcentage infime de détraqués, il en existe, mais j’en reviens à un de mes précédents articles, c’est lorsqu’on croit que la majorité, le peuple, la masse, est encline à penser de cette manière qu’il faut commencer à s’interroger sur ses propres croyances en l’homme ; et qu’on me pardonne la facilité de cet argument mais il semble qu’aujourd’hui beaucoup de gens montent à la tribune pour crier l’importance de sauver le genre humain, qui derrière avouent à demi mot leur peur des foules, voire leur mépris pur et simple des avis populaires… Un peu d’honnêteté, c’est la moindre des choses…

Le problème, véritablement, est celui de l’idéologie. Comment peut-on ne pas avoir compris, après tant d’exemples tirés de l’histoire humaine, que l’être humain a une certaine structure cérébrale, une certaine organisation physiologique du cerveau, dont il a hérité de ses ancêtres, qui fonctionne selon les mêmes schémas, et qui inlassablement, de siècle en siècle, le conditionne à croire à des idées. Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’admettre aujourd’hui que l’égalité est notre Dieu moderne, contre lequel nul n’a le droit de blasphémer, que nul n’a le droit de remettre en doute, au risque d’être jugé hérétique, conspué, roué de coup sur la place publique. Croit-on que nos lynchages médiatiques ont quoi que ce soit de mieux que le goudron et les plumes ?

Bien plus, cette polarisation extrême de deux camps qui incarneraient respectivement le bien et le mal, à laquelle on assiste aujourd’hui, est parfaitement anti-démocratique. Un lieu commun s’est installé qui pervertit la compréhension que nous avons de notre propre système. Lorsqu’on dit que la démocratie c’est la défense des minorités, on ajoute une composante à l’équation démocratique qui la dénature profondément. Non, la démocratie n’est pas la défense des minorités. La démocratie est le pouvoir politique donné à la majorité, la défense des minorités est un programme, qui peut être poursuivi, ou pas, par la volonté de la majorité. Cette légère confusion nous mène, malheureusement, à la situation complexe dans laquelle nous nous trouvons maintenant. Car, en dépit de ce que peuvent penser des individus qui se drapent de grands idéaux, mais qu’il faut bien oser appeler misanthropes pour le dédain qu’ils ont des opinions qui ne sont pas les leurs, beaucoup de gens constatent, et comprennent que la croyance dans le constructivisme, par exemple, n’est pas le Bien en soi, mais une nouvelle forme d’idéologie.

L’égalité est un concept, certes beau mais qu’il faut ensuite définir. Il n’y a pas de raison pour qu’il possède une préséance absolue sur toute autre idée que l’on pourrait défendre, et que l’on jugerait mieux adaptée à ce que chacun pense être la nature humaine. L’égalité peut-elle aller de paire avec la liberté, avec la justice, avec le bonheur ? Est-elle synonyme de ces trois autres concepts ? Auquel cas pourquoi possédons-nous des termes différents pour parler de la même idée ? Ces questions méritent d’être posées. Malheureusement j’ai l’impression qu’elles ne le sont plus. On s’empresse. On court. On se jette tous dans la même direction. On subit ce que l’être humain a toujours subit : la puissance du conformisme.

Je pense que nous vivons une période complexe, et que nous sommes tous sur la défensive. Chacun d’entre nous essaie de défendre ses propres intérêts, cela va de soi. Et si l’on essaie de défendre les intérêts de cercles de plus en plus larges, jusqu’à souhaiter défendre les intérêts de tous les êtres vivants sur cette planète, je pense qu’il est bon de respecter aussi ceux qui réfléchissent de façon plus locale, et partent de la défense de ceux qui les entourent en pensant qu’ainsi leur impact sera plus tangible, puisque c’est leur croyance. J’ai peur de la guerre, j’ai peur du retour d’idéologies violentes dans nos pays. Mais ce dont j’ai le plus peur c’est que la guerre d’opinion que se livrent aujourd’hui les différents partis, leur représentants, les journalistes de l’un ou l’autre bord, et enfin les individus qui s’y rattachent, qui confine à la haine de celui qui ne pense pas comme nous, soit le premier signe que le conflit est déjà là, et que nous ne faisons que l’accentuer, en refusant d’admettre que celui qui ne partage pas nos opinions n’est pas le diable, un tortionnaire ou un écervelé, simplement quelqu’un qui ne révère pas la même divinité.

Nous voulons le bien-être de chacun, dans un monde meilleur. Commençons par tolérer l’opinion de l’autre.

Conseiller, rédacteur polymorphe, Medium est mon espace de réflexion, d’anticipation des tendances, de futurologie.

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