L’occident contemporain est un adolescent

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Peut-être suis-je en train de quitter l’âge de l’adolescence pour entrer dans le monde adulte. Celui d’une vie où la question du sens ne peut plus être absolument prépondérante, laissant la place à d’autres questionnements, l’équilibre, la mesure, le compromis. Par opposition à l’adolescence, qui est la période où l’on est obsédé par la question du sens à donner à notre existence.

Peut-être qu’à d’autres époques, la vie adulte attirait plus fortement les adolescents, qui se disaient qu’ils seraient accomplis quand ils rentreraient dans ce moule social, où ils seraient capables de s’acheter tel ou tel produit, de donner telle ou telle couleur précise à leur quotidien, à travers un emploi stable, une maison, une décoration particulière de leur foyer.

Mais ça n’est plus l’ère du temps. Aujourd’hui ce qui est à la mode c’est l’adolescence. La liberté, l’absence de contraintes, la quête de sens. Un certain romantisme existentiel finalement. Est-ce possible que, suivant la valeur cardinale proposée par une société, elle se rapproche plus particulièrement d’un âge ou d’un autre de l’existence humaine ? Cela signifierait la chose suivante : dans une société comme la nôtre dont la valeur cardinale est la liberté et l’absolu, le modèle qui fait vibrer les gens et vers lequel ils se tournent c’est l’adolescence.

L’adolescence est aujourd’hui au coeur de tous les débats. La lumière n’a jamais été autant mise qu’aujourd’hui sur les ados. Parce que c’est à ce moment-là de la vie que les idéaux de liberté, de pureté, d’absolu -idéaux romantiques par excellence- sont les plus développés. Au contraire, ce qui n’est plus du tout à la mode c’est le compromis, la nuance, le pragmatisme, le réalisme, les concessions, les sacrifices, les petites trahisons du quotidien.

C’est drôle. Il y a probablement des lieux ou des époques où ce « pragmatisme » de l’âge adulte était la chose la plus prisée. On se réjouissait d’acquérir cette sagesse de la nuance.

Qu’est-ce que ce pragmatisme donnait à l’adulte ? Du pouvoir. C’était le pouvoir qui était prisé, qui était à la mode. Le pouvoir qui résulte de la lucidité. L’âge adulte représentait la lucidité, qui s’accompagnait de la possibilité de posséder du pouvoir. L’adolescent était le naïf, limite imbécile, qui ne peut rien maîtriser parce qu’il ne comprend pas les choses, dans son positionnement extrême.

Aujourd’hui le pouvoir est très mal vu, du moins en apparence. Les gens l’évitent. Ils ont peur de cela. Ils sont devenus extrêmement méfiants à l’égard du pouvoir. Cela est dû à un double processus. D’abord, les gens sensibles et intelligents se sont rendus compte de ce changement de mode et donc ne cherchent plus le pouvoir, ce qui fait que ceux qui se retrouvent au pouvoir sont des dinosaures de la sensibilité. Ensuite, Le prisme social tout entier a changé, faisant du pouvoir « en soi » quelque chose de néfaste, donc dans une certaine mesure ça n’est même plus une question de qui détient le pouvoir, c’est le pouvoir en soi qui est discrédité. Or il y a mille pièges là-dedans. D’abord, comme on le discrédite, et donc qu’on en détourne les gens réellement lucides, on ne fait que renforcer le fait que ceux qui sont au pouvoir sont des crétins insensibles. D’autre part, en essayant à tout prix de l’occulter, de la faire disparaître, ou de « faire semblant qu’il ait disparu ou qu’on puisse le faire disparaître », on a tendance à le projeter à d’autres endroits qu’on ne repère plus, qu’on ne comprend plus. Le pouvoir mute, et se cache dans des zones où l’on ne penserait pas qu’il soit.

Notre société est peut-être redevenue adolescente, pour le meilleur et pour le pire.

L’adolescent n’a que faire de l’histoire, puisqu’il ne la connaît pas encore. C’est ce qui lui donne le courage d’aller de l’avant. Mais ne connaissant pas l’histoire, il manque d’expérience sur ce qu’est l’humain, et sa candeur l’expose constamment à des périls potentiels. Son esprit d’aventure lui fait courir le risque d’aller trop loin dans telle ou telle direction.

Si cette intuition est bonne, et que nous revenons aujourd’hui à une tendance générale de la société à être “adolescente”, alors les dangers auxquels nous faisons face collectivement, sont identiques à ceux auxquels sont exposés les individus de cette tranche d’âge : un militantisme idéaliste mal placé frôlant toujours la perdition.

Conseiller, rédacteur polymorphe, Medium est mon espace de réflexion, d’anticipation des tendances, de futurologie.

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