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Photo by Glenn Case on Unsplash

Psychanalyse du confinement

Comme son nom l’indique cet article est une exploration des causes, et des conséquences psychologiques du confinement.

Avant-propos

Pour commencer quelques précisions de vocabulaire. J’entends par psychanalyse étude des mécanismes inconscients qui poussent à l’action. L’inconscient est une “découverte” freudienne. Son hypothèse, si on la résume un maximum, consiste à dire que les motifs de nos actions ne sont pas toujours ce qu’ils paraissent être à première vue. Parfois, nous agissons sous l’impulsion de motivations qui nous échappent. J’utilise cette hypothèse comme un outil pour analyser ce qui se passe en ce moment dans nos sociétés.

Inconscient et confinement

En apparence tout est logique. Des chiffres, des statistiques, des données, puis des décisions politiques. On part d’un constat rationnel : mettre les gens en quarantaine est la meilleure manière d’infléchir une courbe de diffusion exponentielle de la maladie. Soit.

On peut se permettre d’imaginer que d’autres facteurs rentrent en compte pour expliquer cette décision a priori purement rationnelle.

Pour préciser, je dirais que d’autres facteurs rentrent certainement en compte pour expliquer que du jour au lendemain une majorité de citoyens accepte, puis souhaite renforcer, des mesures de confinement. L’appel au durcissement ne vient pas directement de décisions politiques rationnelles. C’est une impulsion, un désir. Ceux qui poussent de par leurs voix à rendre les mesures plus “draconiennes” qu’elles ne le sont, sont peut-être motivés à le faire par des forces inconscientes.

Je précise qu’il n’est en aucun cas ici question de porter un jugement moral sur ce qui est en train de se passer, ou même de préconiser une solution ou une autre. Comme toute analyse, celle-ci n’a qu’un seul objectif : établir un constat.

Alors, quelles pourraient être ces forces inconscientes qui nous baladent à notre insu, et nous poussent à demander des mesures de plus en plus dures. J’émets une hypothèse, qui repose sur une définition de l’inconscient que Freud, puis Jung, ont étudiée tout au long de leur pratique clinique, et mise en pratique pour des résultats concrets, donc validée en quelque sorte.

Notre inconscient est fondamentalement irrationnel. Il répond à des mécanismes archaïques. Il est proche, pour reprendre une image célèbre dans la psychanalyse, d’un “enfant intérieur”, en ce sens qu’il cherche avant tout le réconfort, la sécurité, à ce qu’on s’occupe de lui. L’inconscient est fondamentalement égoïste, au sens où toutes ses demandes ont pour objet son propre bien-être, son propre confort, sa propre survie.

Or, que s’est-il passé dans nos vies ces dernières semaines. Petit à petit, par à coups, et dans un long crescendo, on a vu des mesures êtres prises qui poussaient de plus en plus les gens à rester chez eux. Tout ne s’est pas décidé en un jour, mais tout allait dans la même direction : la maison. Rester chez soi. Ne plus sortir. Dehors, le risque. Dedans, le confort et la sécurité. Vous voyez où je veux en venir ?

Il est possible qu’une force inconsciente nous pousse à vouloir des mesures de plus en plus sévères de confinement parce que ces mesures correspondent à un besoin que nous possédons tous au plus profond de nous-mêmes : le besoin de sécurité, de confort, de confinement. L’enfant intérieur s’est réveillé, à notre insu, dès les premiers instants où nous avons entendu parler de mesures poussant les gens à rester chez eux. Bien sûr, comme dans tout phénomène inconscient, cette motivation est restée secrète. On allègue des chiffres, des statistiques, des stratégies, mais secrètement on appelle ce confinement de tous nos veux. À n’importe quel moment de nos vies, mêmes lorsque tout se passe bien et qu’aucune pandémie ne nous terrorise, nous ressentons ce besoin puissant et inconscient de retour à la maison, de confort et de cloisonnement.

Sauf que cette fois-ci cette impulsion infantile est cautionnée par l’Etat, par les instances qui représentent symboliquement le pouvoir et la loi. Ce qui est en train de se produire est donc un imbroglio psychique ultra puissant ! Il y a rencontre entre une impulsion inconsciente classique et l’accord de toutes les autorités auxquelles on confère habituellement le rôle de décideurs, donc des succédanés de surmoi.

Note : il y aurait ici matière à une psychanalyse de l’ensemble de la société pour lui faire prendre conscience de ses complexes psychiques non résolus quand on voit à quel vitesse les gens s’empressent de demander à l’Etat de les punir, littéralement, simplement pour agir de façon responsable. Vraiment…

Anticipation des risques

Bon. Cette hypothèse proposée, on pourrait s’arrêter là, et simplement dire que tant que ces mécanismes psychiques correspondent à la solution qui semble tout de même être la meilleure pour endiguer cette pandémie, tout est bien qui finit bien. C’est vrai. Sur du court terme.

Une chose que nous ne prenons pas assez en considération, je le dis parce que je ne vois pas circuler d’articles là-dessus dans la presse, c’est le principe d’inertie du psychisme humain. À partir du moment où a été cautionnée une impulsion infantile, l’inconscient en demandera plus. Si on repasse dans le langage courant, ce que je dis ici est simplement qu’il faudra une force énorme pour convaincre, par des arguments rationnels et politiques, si tant est que la stratégie en venait à changer, qu’il faut que les gens retournent travailler.

Je me permets une anticipation simple. Le confinement se durcit, et dure, soyons optimistes, seulement un mois. Un mois durant lequel la majorité des citoyens auront vu leur taux d’activité baisser d’au moins 30–50%. Ce que j’entends par là est simple : l’économie ralentit. Certains secteurs sont encore actifs, mais il faut bien admettre que si l’on se base sur une tendance générale, on est quand même moins productifs qu’il y a trois mois. N’en déplaise aux aficionados du travail à la maison, dont je fais partie, la situation actuelle, avec son lot d’incertitudes, réduit notre efficacité drastiquement.

Imaginez donc un mois de confinement avec une moyenne générale de 50% de réduction de productivité, toutes activités confondues. Nous allons devenir des légumes. La volonté est un muscle, elle s’exerce. On nous parle de faire des pompes. C’est bien, l’exercice physique est un très bon moyen de renforcer sa force de volonté. Mais n’oublions pas nos cerveaux. Et surtout, n’oublions pas que nous sommes aujourd’hui dans une situation périlleuse au niveau psychologique.

Car une lame de fond se prépare. Nos enfants intérieurs ont eu la plus grande récompense de leur vie : rester chez soi, dans son canapé, est devenu un acte d’héroïsme. C’est plus qu’il n’en fallait pour déchaîner des torrents d’énergie psychique inconsciente qu’il sera bien difficile d’endiguer par la suite. Pour la première fois de nos vies regarder Netflix depuis son canapé est devenu un acte de bravoure. Vraiment ! Ecoutez ce qui se dit, sur le ton de l’humour, autour de vous. On le dit mot pour mot ! Rester dans son canapé est un acte militant !

Attention. Le réveil sera difficile. Si l’on ne reste pas alerte. Si l’on s’endort sur ses pulsions inconscientes, on risque de trouver la grande rentrée particulièrement compliquée. Et je dis ça sur un ton léger. Comme s’il allait nous falloir une à deux semaines pour reprendre le rythme, comme des ados qui finissent leurs vacances à Ibiza avant de retourner au gymnase. Mais si je voulais être un tant soit peu réaliste, et ne pas avoir peur des mots, je dirai que ça sera bien pire que ça. Puisque le jour où les autorités nous demanderont de gentiment retourner au travail, il y a un nombre incalculable de gens qui trouveront toutes sortes de théories pour légitimer le fait que leur canapé et leur connexion internet sont devenues l’étendard de la nouvelle révolution dont le monde avait besoin.

Conclusion

Il va de soi que cet article nécessite d’être nuancé. Premièrement, c’est une hypothèse de réflexion. Elle n’implique aucune prise de parti sur les mesures actuelles et leur bienfondé, ou pas. Deuxièmement, je suis conscient qu’elle généralise une situation qui est différente pour chacun. Autant je développe ici l’idée que l’appel au confinement puisse être accentué par une pulsion inconsciente décrite ci-dessus. Autant je suis conscient des personnes chez qui cette situation n’a rien de confortable, et elles sont nombreuses.

Enfin, je tiens à préciser ma position quant à l’hypothèse développée ici. Je pense que dans une situation où les décisions que nous prenons aujourd’hui affecteront profondément le déroulement futur de nos vies, il est important d’essayer de maximiser la conscience que nous avons des forces qui nous traversent. Plus de conscience impliquera plus de clarté. S’il s’avère possible de mettre un certain nombre de nos actions et réactions sur le compte de forces inconscientes qui risquent d’être contre productives au développement de nos sociétés, alors il est important de les analyser, et d’en prendre compte.

En guise d’ouverture sur des réflexions futures, je dirais qu’il me semble tout à fait plausible que nous soyons actuellement traversés par ce que Freud avait appelé pulsions de mort, qui existent dans notre inconscient, et qui prennent aujourd’hui la forme, je pense, de désirs d’anéantissement d’un système économique et social dans son ensemble. Or, tant que nous n’avons pas trouvé d’alternative viable au fonctionnement de notre monde, cette volonté de destruction aura exactement l’effet qu’elle cherche à produire : détruire. Le danger étant qu’elle ne se présentera jamais comme telle. Elle prendra la forme, selon toute évidence, de discours prétendant vouloir “en finir avec le néolibéralisme”, puisque c’est l’effigie contemporaine du diable dont la présence dans l’inconscient collectif comme victime expiatoire est loin d’être désactivée.

Regardez dans les yeux la supercherie qui se trame aujourd’hui devant vous : des individus se gaussent de l’effondrement des marchés économiques, prétendant que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère, alors que le MacBook (Apple) sur lequel il le font, dont le navigateur Chrome (Google) est connecté à Skype (Microsoft) pour délivrer le message à leurs amis en direct, représentent à eux seuls les trois plus grosses capitalisations boursières du Nasdaq…

En finir avec le néo-libéralisme, peu importe ce que signifie ce concept, utilisé la plupart du temps avec aussi peu de précision que l’enfer chrétien dont on se moque tant, c’est peut-être bien. Mais une chose est sûre : on n’a jamais proposé quoi que ce soit de beau, de créatif, d’intelligent, de puissant, en se gavant de bouffe commandée via Uber eats sur un canapé Ikea.

Conseiller, rédacteur polymorphe, Medium est mon espace de réflexion, d’anticipation des tendances, de futurologie.

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